C’est à l’encre de ma peine,
Que je te dédie ce poème,
Mais, comment décrire le désarroi,
De me trouver, si soudain, séparé de toi ?

Les matinées comme les soirées,
Partout, le vide s’est installé !
Je te vois, sans te trouver,
Et, jamais plus, pouvoir te caresser !

J’ai beau me raisonner :
A la descente des escaliers,
Tu as eu la patte brisée,
Tant ton âge avancé, t’avait fragilisé.

Le diagnostic, sans complaisance,
Ne nous laissait guère de chance ;
Condamné à ne plus marcher,
Le pire, il fallut décider :
Celui de nous quitter !!!

Paisiblement, tu as pu t’endormir,
Mais, jamais plus, tu ne pourras revenir !
Parti dans la paix de l’éternité,
Mais quand, donc, pourra-t-on se retrouver ?

Sur le chemin du retour,
Combien la tristesse nous entoure,
Sans toutefois encore mesurer,
La détresse qui, sans fin, va se prolonger,
Car, combien, vas-tu nous manquer !

La promenade matinale, dans la solitude,
A l’heure des printaniers préludes,
Partout, je te revois, la démarche au ralenti,
Avec ta ferme volonté de relever le défi !

Dans la forêt, ton lieu de prédilection,
Muni de protecteurs chaussons,
Tu humais les odeurs de la veille,
Te menant à l’instinctif éveil !

Si tu aspirais aux détours,
Pénibles, furent les retours ;
Les passants te prêtaient mainte attention,
Face à ton courage sans défection.

Conscient qu’il ne fallait déplaire au maître,
Malgré sa patience pour mon être ;
L’handicap de ma dysplasie d’origine,
Muta sa tolérance en bienveillante routine.

Une fois, retourné à la maison,
Les escaliers furent le dernier tronçon,
Avant de m’étaler sur le tapis du réconfort,
Compensant, ainsi, les antérieurs efforts.

Après un repos bien mérité,
Vint l’heure du savoureux déjeuner,
Où mon maître, avec générosité,
Sa tendre viande, tenait à partager.
Qui donc aurait fait autant,
Pour son compagnon, s’il n’était aimant ?

Notre langage fut le regard,
Et nos attitudes, pleines d’égard ;
Ainsi, dans une entente aussi spontanée,
Les années, furtivement, se sont écoulées.


Elevé, dans pareille ambiance,
Comprenez bien ma fortuite chance !
Dans l’humain n’y trouvant que bienveillance,
Ma déférence se voulait reconnaissance.

Le changement d’horaire,
De l’été à l’hiver, me laissa goût amer,
Car, c’est le contraire qui eut ma préférence,
Avec les repas servis, une heure d’avance !

Il faut savoir, qu’avec les années,
Par la gamelle, je fus, de plus en plus attiré,
Surtout, quand mon flair, à l’improviste,
Me dévoila quelques suppléments altruistes !

Toutefois, après le coucher du soleil,
D’instinct, je me mis en veille :
L’animal, de compagnie, que je suis,
Ma noble tâche débuta à la tombée de la nuit,
Aboyant au moindre bruit,
Avec le constant souci :
Sécuriser mes maîtres endormis…

Combien dense, le livre des souvenirs,
Où tant d’épisodes seraient encore à décrire,
Et, wouah, cette complicité au quotidien,
Rayonnant, autour de nous, et tissant des liens !

Le seul élément consolateur,
Sont ces treize années de bonheur,
Si intensément vécues,
Que rien n’efface plus !

En ce quatorzième jour de ton départ,
mardi, le 26 mars 2019 :
Ton maître qui t’a tant apprécié

Jean-Paul

(mars 2019)